Vous toussez tous les matins : et si c’était une BPCO ?

La BPCO (Broncho Pneumopathie Chronique Obstructive) concerne près de 3,5 millions de personnes en France. Cette maladie respiratoire chronique peu connue et peu dépistée sera la 3e cause de décès dans le monde d’ici vingt ans. Dans le cadre de la journée mondiale de la BPCO, les professionnels de santé sensibilisent.

Derrière le sigle BPCO se cache une maladie méconnue, la Broncho Pneumopathie Chronique Obstructive, appelée aussi le « tueur silencieux » ou encore « la maladie du fumeur ». Elle concernerait près de 3,5 millions de personnes en France.
« Mais seulement un tiers sont diagnostiquées. Les symptômes étant peu spécifiques au début de la pathologie et étant souvent banalisés, nous passons à côté d’un grand nombre de cas de BPCO », souligne le Dr Marion Dupuis, pneumologue au CHU de Toulouse qui organise une journée d’information le 21 novembre dans le cadre de la journée mondiale de sensibilisation à la BPCO (1).

Toux et crachats quotidiens, essoufflement sont les symptômes banalisés de cette inflammation des bronches qui s’installe de manière insidieuse et silencieuse. Les fumeuses et les fumeurs sont les plus concernés (80 % des cas de BPCO). D’autres causes existent comme les aérocontaminants minéraux (silice), la pollution extérieure ou intérieure (désodorisants, cheminées). Cette inflammation entraîne une obstruction bronchique devenant progressivement irréversible. Des symptômes respiratoires invalidants s’installent alors, entraînant une altération de la qualité de vie. Tousser tous les matins n’a rien de normal, même lorsqu’on fume.

« En général, la BPCO s’installe après l’âge de 45 ans. Avant, les symptômes sont banalisés. Elle est parfois découverte lors d’une hospitalisation en urgence, suite à une infection respiratoire ou un pic de pollution. Un dépistage précoce est nécessaire pour prévenir les conséquences de cette pathologie et cela passe par la nécessité de la faire connaître. Un examen du souffle permet de détecter la BPCO, certains médecins généralistes sont désormais équipés pour le faire », précise le Dr Dupuis.

“La BPCO : une maladie qui ne se guérit pas.

La BPCO ne se guérit pas et peut aller jusqu’à l’insuffisance respiratoire. Pour ralentir la progression de la maladie et atténuer les symptômes, les médecins disposent de plusieurs armes. « La première chose à faire et la plus essentielle est d’arrêter l’exposition (tabac, poussières minérales, etc) pour empêcher l’aggravation de l’obstruction des bronches. Dans le cas du tabac, le sevrage peut être difficile et le patient doit alors être accompagné. Ensuite une activité physique doit être mise en place pour améliorer l’essoufflement. Des médicaments (corticoïdes inhalés, bronchodilatateurs) peuvent être aussi prescrits», complète la pneumologue.

Du côté de la recherche, une technique innovante est en cours d’étude dans plusieurs centres en France, dont le CHU de Toulouse, visant à améliorer la qualité de vie des patients souffrant de BPCO.
La BPCO est actuellement la 5e cause de mortalité dans le monde mais d’ici vingt ans, elle pourrait passer au 3e rang, du fait notamment de la pollution atmosphérique.

Un traitement innovant à l’étude au CHU de Toulouse

Depuis deux mois, le service de pneumologie du CHU de Toulouse participe à l’étude AIRFLOW 3 menée dans 40 centres dans le monde dont huit en France.
Cette étude vise à évaluer les bénéfices d’une nouvelle technique de destruction des nerfs bronchiques par radiofréquence afin d’améliorer la qualité de vie des patients souffrants de BPCO et de réduire les hospitalisations. Car si cette maladie chronique qui obstrue les bronches de manière irréversible ne se guérit pas, les médecins cherchent des solutions pour compléter les traitements existants. Ce nouveau geste, réalisé sous anesthésie générale, consiste à détruire une partie des nerfs des bronches en les chauffant par radiofréquence. Les bronches sont ainsi libérées des nerfs qui les contractent de manière anormale. Le but est d’éviter une hyperactivité musculaire et donc une inflammation plus importante.
« Les premières phases de l’étude ont montré que cette dénervation pulmonaire permet de réduire les spasmes et les sécrétions. On diminue l’essoufflement et le risque d’aggravation transitoire de la maladie (exacerbation) qui peut conduire le patient jusqu’à l’hospitalisation », explique le Dr Nicolas Guibert, pneumologue à l’hôpital Larrey (CHU de Toulouse).
L’inclusion des patients est en cours.
Pour pouvoir participer à l’étude AIRFLOW 3, il faut : être âgé de 40 à 75 ans ; avoir cessé de fumer depuis au moins deux mois ; avoir eu au moins deux aggravations de sa BPCO au cours de l’année avec recours à des traitements ou hospitalisation ; suivre le traitement de fond conventionnel de la BPCO ; remplir certains critères d’indice de masse corporelle et de mesures du souffle. Contact : guibert.n@chu-toulouse.fr

[Article paru dans la Dépêche du Midi le 17/11/2019, par jean-Michel Bazet]