Des mesures pour les aidants

En France, 8 à 11 millions de personnes soutiennent un proche en perte d’autonomie pour des raisons liées à l’âge, au handicap, à une maladie chronique ou invalidante. Leur nombre ira croissant dans les années à venir : pour les seules personnes âgées, le nombre de personnes de plus de 85 ans va tripler en 2050. Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, vient de présenter une « stratégie pour les aidants ».

Cette stratégie est issue de plusieurs mois de travail et d’échanges avec les aidants eux-mêmes et les associations qui les représentent, a souligné Edouard Philippe, Premier ministre, lors de sa présentation. Elle est entièrement destinée à répondre à leurs besoins quotidiens : besoin de reconnaissance, d’accompagnement, d’aide, de répit. Elle sera déployée sur trois ans, et je serai particulièrement attentif à sa mise en œuvre afin que les solutions soient rapidement déployées.”

Il ne s’agit pas là de baisser la garde sur les réformes nécessaires pour mieux accompagner les personnes en perte d’autonomie elles-mêmes, a indiqué de son côté Agnès Buzyn. C’est tout le sens de la réforme du grand âge et de l’autonomie, qui sera présentée à la fin de l’année 2019 et qui renforcera les conditions du maintien à domicile et, lorsque l’autonomie décroît, l’accueil dans des lieux d’habitat intermédiaires entre le domicile et l’établissement. C’est aussi tout le sens des efforts conduits pour mieux adapter l’accompagnement médico-social aux choix de vie des personnes en situation de handicap, dans une société plus ouverte à la différence, de l’école, à l’entreprise, au logement ou encore à la santé.

Les mesures récemment présentées dans le cadre de la « stratégie pour les aidants » s’inscrivent dans le cadre de six priorités.

(1) Rompre l’isolement des proches aidants et les soutenir au quotidien

  • Mise en place d’un numéro téléphonique national de soutien des proches aidants pour leur offrir une écoute, assurer un premier niveau d’information, et les orienter vers des interlocuteurs de proximité, dès 2020.
  • Création d’un réseau de lieux d’accueil labellisés « Je réponds aux aidants », pour recevoir les proches aidants et les orienter dans le paysage des aides et de l’accompagnement disponibles, en fonction de leurs besoins, à compter de 2020.
  • Création d’une plateforme numérique « Je réponds aux aidants » permettant d’identifier l’offre d’accompagnement près de chez soi d’ici 2022.
  • Déploiement des offres d’accompagnement par des professionnels et des pairs : celles-ci pourraient prendre la forme d’actions de formation pour prendre en charge le proche aidé ou rendre plus faciles les gestes du quotidien ou de moments d’échanges et de rencontres avec d’autres aidants animés par des travailleurs sociaux et de psychologues comme les « cafés des aidants ».

(2) Ouvrir de nouveaux droits sociaux aux aidants et faciliter leurs démarches administratives

  • Un congé de proche aidant indemnisé pour les salariés, les travailleurs indépendants, les fonctionnaires et les chômeurs indemnisés, dès octobre 2020. Le salarié y aura droit durant trois mois ouvrés sur l’ensemble de la carrière. L’allocation pourra indemniser des jours pris consécutivement, de manière fractionnée ou en complément d’une activité à temps partiel. Le montant de cette allocation sera fixé à un niveau équivalent à celui de l’allocation journalière de présence parentale : 43 euros par jour pour les personnes vivant en couple et 52 euros par jour pour une personne seule.
  • Elle sera versée par les caisses d’allocations familiales et les caisses de la mutualité sociale agricole, sur demande du proche aidant, à travers une télé-procédure. Les proches aidants pourront avoir accès simplement au compteur des jours indemnisés qu’il leur reste à prendre
  • Celui-ci pourra désormais être pris tout de suite à l’arrivée en entreprise, sans attendre un an comme auparavant, dès janvier 2020. L’indemnisation ne comptera plus dans le calcul des droits au chômage pour éviter une baisse des allocations, dès novembre 2019. Et la prise en compte du congé de proche aidant indemnisé au titre des droits à la retraite deviendra automatique sans formalités à accomplir, dès octobre 2020.

(3) Concilier vie personnelle et vie professionnelle

Les proches aidants en activité décrivent souvent leur quotidien comme un parcours du combattant, marqué par des réductions du temps de travail, des arrêts, de la démotivation voire de la culpabilité vis-à-vis de l’employeur comme du proche aidé.

  • Mise en place d’un nouveau système de reconnaissance de l’expérience acquise en tant que proche aidant, en 2021.
  • Le soutien aux proches aidants sera inscrit parmi les thèmes de la négociation obligatoire et parmi les critères de la responsabilité sociale et environnementale des entreprises en 2020.

(4) Des périodes de répit

  • Lancement d’un plan national de renforcement et de diversification des solutions de répit avec un financement supplémentaire de 105 M€ sur la période 2020 – 2022;
  • Développement de l’accueil temporaire (objectif de doublement du nombre d’aidants soutenus d’ici 2022) ;
  • Pour 2022, une perspective de généralisation du relayage à domicile sur le modèle du “baluchonnage” québécois, en fonction des résultats de l’expérimentation aujourd’hui menée dans 54 départements.

(5) Agir pour la santé des proches aidants

  • Pour mieux comprendre les risques qui pèsent sur la santé des proches aidants, une enquête de Santé publique France sera lancée en 2020.
  • La formation initiale et continue des professionnels de santé sera mise en place à compter de 2020.
  • Le repérage et l’orientation des proches aidants au moment de leur passage à la retraite seront mis en place dans le cadre du « rendez-vous » de prévention » qui sera généralisé en 2020.
  • L’identification du rôle de proche aidant sera mentionné dans le dossier médical partagé en 2020. Par exemple, en cas d’accident du proche aidant, les professionnels de santé seront au courant du fait qu’il ou elle est aidant d’une personne dépendante et pourront s’assurer immédiatement du fait que le proche aidé n’est pas laissé seul à domicile.

(6) Épauler les jeunes aidants

40 % des jeunes aidants ont moins de 20 ans et 13 % ont entre 13 et 16 ans.

  • Les personnels de l’Éducation nationale seront sensibilisés à repérer et orienter les jeunes aidants, grâce à des outils co-construits avec le monde associatif. Dans un premier temps, une expérimentation sera lancée en 2020 dans deux régions (Ile-de-France et Occitanie).
  • L’aménagement des rythmes d’étude (condition d’assiduité et examen) pour les étudiants aidants, dès fin 2019.

Enfin, pour mobiliser l’ensemble des Français, une grande campagne nationale de sensibilisation co-construite avec les associations et s’adressant à la société toute entière sera organisée en 2020.

Le financement de cette stratégie est prévu, pour 3 ans, à 400 millions d’euros, dont 105 millions pour le répit.

Les Aidants en France : état des lieux

Nombre d’aidants en France : 8 à 11 millions. 1 Français sur 6.
90 % aident un membre de leur famille, dont 52 % un de leurs parents.
37 % des aidants sont âgés de 50 à 64 ans. 57 % sont des femmes.
61 % des aidants travaillent
8 aidants sur 10 ont le sentiment de ne pas être suffisamment aidés et considérés par les pouvoirs publics.

44 % des aidants font part de difficultés à concilier leur rôle avec leur vie professionnelle.
31 % des aidants délaissent leur propre santé.
54 % des aidants n’ont pas conscience de leur rôle.
25 % des aidants ont dû s’absenter au cours des 12 derniers mois pour s’occuper de leur proche (en moyenne 16 jours).
25 % des aidants ne parviennent pas à se ménager du répit

[Source : « stratégie pour les aidants », dossier de presse]